Face au chaos mondial ... une tasse de cacao ?
La solution à la guerre ne se trouve pas au fond d'un chocolat chaud (malheureusement). Mais le cacao est, pour moi, une véritable boussole pour naviguer le chaos.
Si vous me connaissez depuis un moment, vous m’avez certainement déjà entendue parler de cacao. Et si vous me rencontrez via ce post, bienvenue et bonne découverte !
Mais … pourquoi le chocolat ?
Une petite remise en contexte : le cacao est, certes, la base de notre délicieux chocolat. Mais elle est bien plus : une plante complexe qui porte un grand héritage historique, écologique, culturel et spirituel.
Aujourd’hui, on le rencontre beaucoup dans la sphère spirituelle occidentale moderne sous le format de “cérémonies de cacao.” Derrière cette appellation se cachent tout un tas de formats d’ateliers et de rituels différents avec, souvent, la même intention : se connecter au coeur. Se connecter au coeur voulant souvent dire s’ouvrir à un amour inconditionnel, à plus grand que soi, et à la sensation d’appartenance (à un groupe, au vivant).
Au risque de vous décevoir, les cérémonies de cacao ne sont pas un rituel ancestral. Cependant, ils prennent bien racine dans des cultures ancestrales.
Un peu d’histoire
Le cacao est originaire d’Amérique Latine et on retrouve des traces de sa cohabitation avec l’être humain jusqu’à il y a 3300 ans, dans le territoire des Mayo Chinchipe (la zone rejoignant l’Équateur, le Pérou et la Colombie actuels)1. Ce même cacao a voyagé tout le long du continent américain, permettant ainsi à différentes civilisations ancestrales de tisser un lien avec. Un coup monnaie, un coup médecine, un coup boisson aphrodisiaque ou encore offrande, le cacao est riche d’histoires et de significations. Et ce jusqu’à devenir la plante mondialisée que nous connaissons aujourd’hui : cultivée dans plusieurs continents pour se retrouver dans nos cuisines sous forme de chocolat.
Dans mon histoire personnelle de franco-mexicaine ayant grandi au Mexique, le cacao a toujours été présent. Un élément essentiel de nos fêtes clés comme le dia de Muertos (fête des morts) et Noël, qui me transportent à autant de souvenirs que de sensations subtiles. C’est aussi un savoir-faire artisanal et délicieux qui me rend fière du Mexique. Et, plus récemment, une connexion à mes racines (et ancêtres) via la cosmovision Maya dans laquelle le cacao occupe une place centrale.
Ma découverte du cacao comme pratique spirituelle est arrivée par surprise ; tout comme le tournant qui est arrivé après.
Quand j’ai déménagé en France à 12 ans, j’ai mis le Mexique dans un tiroir, fermé à clé, et jeté la dite clé bien profondément dans le tas des “souvenirs à renier.” Plus tard, je comprendrai que ça avait été ma stratégie pour faire face au trauma du déracinement. Mais ça, c’est une autre histoire.
Alors quand on m’a fait vivre un rituel avec du cacao dans un cadre qui n’avait rien à voir avec la choucroute (une formation de Qoya2, pratique de mouvement libre engagée (et absolument canon)), ça m’a fait ce déclic de re-connexion à une partie de mon histoire. Une histoire qui ne m’avait jamais quittée et qui avait beaucoup à m’apprendre non seulement sur moi, mais sur comment appréhender un monde chaotique, aussi beau que violent, aussi inspirant que me donnant envie de me-fourrer-dans-un-trou-et-pleurer-toutes-les-larmes-de-mon-corps.
Ca-chaos ?
Une note : dans la suite de cet article, j’utiliserai le pronom “elle” pour parler de cacao afin d’honorer comment ma lignée le concevait. J’en profite pour dire que je partage ici depuis mon expérience personnelle, située, imparfaite et en apprentissage continu.
Plus je plonge dans l’histoire du cacao, plus je réalise qu’elle porte exactement ce que nous vivons aujourd’hui : des contrastes, des fractures, des possibles, des blessures, des beautés. Elle est une métaphore vivante de notre époque.
Le cacao connecte à un héritage culturel profond qui raconte d’autres visions du monde, souvent plus centrées sur la communauté, la responsabilité et l’harmonie. Elle nous connecte à d’autres possibles qui sont encore bien vivants, à des peuples qui pratiquent encore bel et bien des cosmovisions !
Même s’il ne faut pas non plus romantiser ces populations : les Mayas sont loin d’être un peuple que peace & love historiquement, et leurs conditions de vie actuelles (discrimination, pauvreté) sont loin de l’image exotique.
Mais le cacao connecte aussi à l’histoire coloniale et à l’héritage tout aussi important qui va avec. Nous ne pouvons pas séparer le cacao de la violence, de l’exploitation, de l’effacement … Au XVème siècle comme aujourd’hui où le colonialisme se déguise sous d’autres formes comme l’exploitation des terres et des agriculteurs•ices, ainsi que le racisme systémique bien existant en Amérique Latine (et ailleurs). Le colonialisme montre également son nez dans l’appropriation culturelle.
Or le cacao connecte aussi au coeur : par des effets physiques réels grâce à sa composition chimique, mais aussi par sa nature (les Mayas racontent que notre coeur, à l’origine, serait une cabosse de cacao). Ainsi, elle nous interroge sur l’amour, nous ouvre à la beauté, nous invite à la gratitude et nous raconte notre appartenance au grand tissage de la vie. Elle nous aide à nous remettre à notre place d’êtres humain•e•s en horizontalité avec le reste du vivant.
Mais elle connecte aussi au dark, aux ombres. Elle nous rappelle que le coeur (et la spiritualité en général) n’est pas seulement un endroit de bliss, d’extase, de “connexion ultime.” Mais aussi un endroit qui porte la souffrance, la tristesse, la colère, le deuil, la rage. Individuelles comme collectives. Elle porte nos luttes, nos cris d’injustice. Notre “Xibalbá” (ou inframonde hardcore chez les Mayas).
En parallèle, cacao connecte à la Terre. Déjà, parce que c’est une plante : c’est un être de la nature qui, en plus, nous apprend un tas de choses sur les réseaux d’entraide du vivant. Par exemple, le cacaoyer a besoin de l’ombre des autres arbres pour bien pousser ! En tant que plante agricole, elle est aussi liée aux territoires où elle est cultivée et aux personnes qui en prennent soin. Elle nous connecte à l’Amérique Latine, mais aussi à l’Afrique, à l’Asie, des terres qui ne sont souvent pas les nôtres ou alors “à-moitié-les-nôtres” quand on vient d’une lignée (entièrement ou en partie) occidentale. Dans ces territoires, cacao est liée à un héritage agricole, culturel et des liens à la terre tissés depuis (souvent) des générations.
Et donc elle vient nous titiller sur notre propre relation au territoire. Elle touche du doigt, peut-être, la perte de connexion à ce sol que nous frôlons pourtant chaque jour, et au vivant qui l’habite. Elle nous met face à notre séparation de notre nature locale. Aujourd’hui on méconnaît nos écosystèmes proches (moi la première, j’apprends petit à petit à identifier les plantes autour de chez moi !). Avec 54% de la population mondiale qui vit en milieu urbain (73% en Europe)3 et la majorité de notre temps passé en intérieur4, cette déconnexion est réelle … Et la détérioration du vivant a un véritable impact sur nos santés physiques comme mentales5.

Que des contrastes ?
Cacao nous confronte à un paradigme multi-facettes, complexe, contrastant et pourtant uni. D’une part : la connexion au vivant, le soin de nos relations (et de nous-mêmes !), la pratique de la gratitude, la communauté, l’amour … De l’autre : nos ombres individuelles et collectives.
Mais ce double paradigme n’est pas fait de l’un ou l’autre, mais de l’un ET l’autre. Les deux en même temps. Des contrastes qui cohabitent, des réalités fluctuantes, un chaos qui fait pourtant sens. Un chaos fertile6 ou créateur7 qui nous pousse à aller au-delà des cases. Accepter qu’on peut avoir les meilleures intentions du monde et pourtant participer au colonialisme. Qu’il y a un degré de violence inédit autour de nous et des niveaux d’amour (entendre lien, soin, compassion, solidarité) tout aussi énormes. Et donc, peut-être, que la “bonne” réponse est finalement celle de continuer à cheminer. Ouvert•e aux réalités autres que la nôtre, curieux•se d’aller au-delà de la surface, conscient•e que les choses sont complexes (et que ce n’est pas pour autant qu’on ne peut rien y faire).
Le timing n’est pas parfait. Il est chaotique. Avec le changement climatique, les guerres, les catastrophes, les inégalités, oppressions … Il y a urgence. Mais tellement de choses sont en jeu, tellement de facteurs, tellement de forces bien plus grandes … qu’on peut rapidement se sentir dépassé•e•s par les événements.
Quelle est ma place ?
Quel est mon pouvoir ?
Comment changer les choses ?
Comment ne pas tomber ?
Énergie suivie de découragement. Périodes d’espérance et de dépression se succèdent. D’ombre et de lumière. Les deux. En même temps ?
Alors cacao est ma bouée de sauvetage dans ces temps où je suis autant sidérée par les dystopies qui se matérialisent, et inspirée par toutes ces personnes qui montrent des alternatives justes, douces, régénératives.
Cacao m’a appris à rester en lien avec la beauté tout en osant aller en profondeur et me confronter aux inconforts : à toutes ces parts qui n’ont pas de réponse, qui se trompent, qui ont des biais cognitifs nuls, qui perpétuent le système que j’ai si hâte de voir changer. Mais aussi prendre soin de ma survie dans le système et kiffer la vie, inviter la légèreté, les rires, la célébration. C’est un rappel à l’essentiel, tout en étant une loupe qui me met face aux nuances nécessaires. C’est du surf. Du chaos-surf.
Évidemment, là je vous parle depuis un endroit où j’arrive à naviguer joyeusement. Mais comme en surf, je tombe souvent, suivi d’une sorte de machine à laver essorage 1200 tours sous les vagues. C’est pour ça que je parle de boussole : une petite lumière qui m’aide à revenir à la surface, me remettre sur la planche, et re-naviguer. D’ailleurs, peut-être que la bonne métaphore n’est pas le surf. Mais un voilier-surf. Parce que ce n’est pas une aventure que individuelle, mais aussi collective.

Dans cet article je vous ai beaucoup parlé de cacao parce que son univers porte extrêmement bien le chaos. Mais je ne vis pas à coups de perfusions cacaotées, j’ai d’autres partenaires précieux que je tenais à nommer :
Les communautés : amicales, professionnelles, militantes, familiales et de proximité.
Le Qoya, une pratique de mouvement qui m’a aidé à intégrer dans mon corps que les contrastes ne sont pas seulement ok, mais peut-être la nature même de la vie (et comment les naviguer avec douceur, vérité et fun).
La nature, la nature, la nature
Pour finir, je vous invite à écrire / ressentir / échanger sur quelques questions :
Qu’est-ce qui, dans mon héritage, me nourrit ? Et qu’est-ce qui me bouscule ou me met face à des zones d’ombre ?
Quelles sont les contradictions qui cohabitent en moi en ce moment ? Comment puis-je les accueillir sans chercher à les résoudre immédiatement ?
Quelles sont aujourd’hui mes boussoles, mes allié•e•s, mes pratiques, mes personnes-phare ?
Avec douceur,
Layla
PS : Si avec tout ça, vous voulez plonger plus en profondeur dans le cacao, les portes pour ma transmission “La Voie du Coeur” sont ouvertes !
Source : Conférence de Sophie Rea, historienne du chocolat, pour le réseau “Women of Cacao.”
Pour en savoir plus sur le Qoya : https://www.qoyafrance.com
Source : Rapport de l’ONU “World Urbanisation Prospects”
D’après l’étude YouGov, citée par divers articles, qui aurait étudié une base de 16 000 personnes dans 14 pays différents (Europe + Amérique du Nord), on passerait près de 90% de notre temps à l’intérieur. De là est née l’appellation “Génération Indoors.”
Parmi plein de sources, voici un article de l’UNEP “Quatre façons dont la crise planétaire affecte notre santé mentale”
Chaos Fertile c’est aussi le nom d’un jeu d’intelligence collective extrêmement inspirant : https://chaosfertile.fr
Chaos créateur est souvent utilisé par Dr. Nathalie Geetha Babouraj, alias Doc La Luna, dans son superbe univers : https://www.doclaluna.com

